Ouvert

L'êtes-vous... vraiment?

Entrer

Qu’est-ce que l’homophobie?

L’homophobie désigne les attitudes négatives pouvant mener au rejet et à la discrimination envers les personnes LGBT, c'est-à-dire les lesbiennes (lesbophobie), les gais, les personnes bisexuelles (biphobie), transsexuelles et transgenres (transphobie), ou à l’égard de toute personne dont l’apparence ou le comportement ne se conforme pas aux stéréotypes de la masculinité ou de la féminité. Une personne hétérosexuelle peut aussi être victime d’homophobie, lorsque son apparence physique ou vestimentaire incite certaines personnes à présumer à tort qu’elle est homosexuelle.


L'homoparentalité, une réalité avec laquelle on doit de plus en plus composer

En 2010, la Régie de rentes du Québec relevait, parmi les 866 029 familles québécoises recevant le soutien aux enfants, 1 187 familles homoparentales, pour un total de 1 843 enfants de moins de 18 ans.5 À cela s'ajoute un nombre indéterminé d'enfants dans des familles monoparentales dont le parent est de minorité sexuelle. Ces enfants peuvent être issus d'une union hétérosexuelle précédente, être adoptés ou avoir été conçus par insémination artificielle. Cette réalité est vécue non seulement dans les familles, mais aussi dans les centres de la petite enfance, dans les écoles et autres institutions fréquentées par les jeunes. Il est donc important de veiller à ce que les préjugés et incompréhensions qui peuvent y subsister n'entravent pas les interactions entre les enfants et les parents.

L'hétérosexisme, vous connaissez?

L'homophobie est alimentée par les croyances et les attitudes qui consistent à faire de l'hétérosexualité la sexualité « normale », « naturelle » ou supérieure aux autres orientations sexuelles et qui rendent la diversité sexuelle invisible. C'est l'ensemble de ces croyances et de ces attitudes qu'on appelle hétérosexisme.

Des exemples concrets d'homophobie

Plusieurs lieux de la vie quotidienne sont par ailleurs le théâtre d'attitudes homophobes. Dans la rue ou dans un parc, deux personnes du même sexe qui se tiennent par la main ou s'embrassent peuvent être la cible de regards méprisants, voire de commentaires hostiles. Il en va de même au restaurant, dans le métro, dans l'autobus ou dans un magasin : certaines personnes, devant des expressions d'affection entre deux personnes du même sexe, vont parfois verbaliser leur hostilité et peuvent même l'exprimer par des agressions physiques.

Dans les médias, il arrive que certains commentateurs et animateurs, parfois sous le couvert de l'humour, fassent des remarques qui dénigrent les personnes de minorités sexuelles. Ils peuvent ne pas avoir d'intention homophobe, mais le dénigrement peut avoir des répercussions sur les personnes qui l'entendent : il convient donc d'être prudent, puisque tout n'est pas drôle.

L'homophobie s'exprime aussi en milieu familial. Comme ailleurs, elle peut se manifester par des blagues, des moqueries, mais aussi du rejet et de la violence. L'adolescent ou l'adolescente de minorités sexuelles se trouve à une étape de sa vie pendant laquelle il peut être difficile de comprendre ses sentiments et émotions et de nouer des liens affectifs avec d'autres personnes de minorités sexuelles. Dans ce contexte, même des blagues sur les « fifs » et les « tapettes » peuvent avoir des conséquences nuisibles.

Bisexualité, une réalité souvent incomprise

Entre la norme hétérosexuelle et l'homosexualité, les personnes bisexuelles voient leur orientation sexuelle questionnée et être expliquée par la curiosité ou une incapacité à accepter sa « vraie » orientation sexuelle. La bisexualité, tant masculine que féminine, devrait plutôt être perçue comme une forme de sexualité humaine tout aussi légitime que les autres.

Comment réagir à l'homophobie et comment intervenir?

Se taire devant l'homophobie n'est pas une option valable. Un premier moyen d'intervention consiste à diriger la victime vers l'une ou l'autre des ressources pertinentes. Ce premier pas aidera peut-être la victime à surmonter cette épreuve, et celle-ci réalisera ainsi qu'elle n'est pas seule.

Intervenir dans une situation d'homophobie peut impliquer d'abord de « calmer le jeu », puis d'expliquer à la personne le caractère homophobe de son comportement et les effets néfastes qu'il peut engendrer autour d'elle. Informer, sensibiliser, éduquer : voilà trois moyens éprouvés de combattre les préjugés, quels qu'ils soient.

Les 4 principales manifestations de l'homophobie

La discrimination homophobe prend le plus souvent l’une des formes suivantes :

La blague est sans doute la forme la plus fréquente : l’humour sur l’homosexualité est en apparence anodin, mais peut aussi blesser et heurter les sensibilités. En dénigrant les personnes de minorités sexuelles, elle peut renforcer les difficultés qu’une personne peut avoir à accepter sa propre homosexualité. De plus, elle tend à banaliser les préjugés et stéréotypes homophobes.

Plus directe, la moquerie ne devrait pas être minimisée : elle atteint la victime dans une partie importante d’elle-même, son identité. Elle véhicule des représentations stéréotypées qui tendent à inférioriser et à délégitimer la personne atteinte. Elle mine ainsi l’estime que les personnes de minorités sexuelles ont d’elles-mêmes.

Le harcèlement est une forme particulière de discrimination et a des conséquences graves : répétitif, il nuit considérablement à l’acceptation de soi et à l’épanouissement de la personne dans son milieu.

Enfin, l’agression physique : au Québec, les meurtres homophobes sont très rares, mais la violence physique à l’encontre des personnes de minorités sexuelles demeure présente. Il arrive que des personnes soient agressées à cause de leur orientation sexuelle, par exemple à la sortie d’un bar gai ou par des voisins. Ces actes menacent l’intégrité physique et psychologique de la victime et peuvent prendre la forme de crimes haineux.

Si l’on veut que cesse l’homophobie, aucune de ces formes d’homophobie ne doit être tolérée.

Transsexuel ou transgenre, quelle est la différence?

On désigne par transgenre une personne qui vit dans le genre opposé à son sexe biologique : la personne adopte une expression de genre, masculine ou féminine, mais conserve ses attributs sexuels qui ne concordent donc pas avec son genre. La transsexualité désigne quant à elle une personne qui vit non seulement dans le genre opposé à son sexe biologique à la naissance, mais aussi dans le sexe opposé : cette personne a donc fait la « transition » d’un sexe à l’autre, ce qui implique l’hormonothérapie, à laquelle peuvent avoir recours les transgenres, et différents types de chirurgie de « réassignation » sexuelle.

L'homophobie se manifeste au quotidien

L'homophobie s'exprime parfois de façon insoupçonnée. Par exemple, à l'école, le qualificatif « gai » est devenu courant, pas tant pour désigner les homosexuels que pour dénigrer ce qui est laid, indésirable, raté. « C'est ben gai! » Les jeunes qui emploient ainsi ce mot n'ont souvent pas d'intention homophobe, mais les jeunes de minorités sexuelles qui l'entendent peuvent vivre ces situations comme un dénigrement indirect. Leur estime d'eux-mêmes s'en ressent, à une période de leur vie où ils peinent à se forger une identité et où accepter son homosexualité implique plusieurs défis.

Au travail, les agressions physiques ou verbales sont certes rares, mais les blagues et commentaires désobligeants sont vécus par le quart des travailleurs LGBT. Que la personne soit ouvertement homosexuelle, ou que son orientation sexuelle soit présumée, par exemple à cause de son expression de genre ou de son silence sur sa vie familiale, la personne de minorités sexuelles peut ainsi être mise à l'écart.

Mythes et préjugés : « L'homosexualité est causée par une aversion de l'autre sexe. »

Qui n'a pas déjà entendu qu'une femme serait lesbienne parce qu’elle a été insatisfaite d'une relation avec un homme? Ou encore, certains présument qu'un homme est gai parce qu’il aurait été victime de sévices sexuels étant jeune. Pourtant, les femmes victimes de viol ne deviennent pas lesbiennes. C'est le désir pour une personne de même sexe qui définit l'orientation sexuelle d'une personne, et non les mauvais traitements ou les insatisfactions vécus dans une relation précédente.


« Les enfants de parents homosexuels développent une orientation homosexuelle. »

Les personnes homosexuelles ont, pour la vaste majorité d'entre elles, des parents hétérosexuels. Les recherches montrent que les enfants de couples de même sexe ne sont pas plus nombreux à être homosexuels et n'ont pas plus de problèmes d'identité sexuelle.


« Les lesbiennes sont des garçons manqués. Les gais sont flamboyants et efféminés. »

Associer les lesbiennes à la virilité, ou associer les gais à la flamboyance et à l'efféminement constituent des généralisations abusives. Un homme efféminé peut tout aussi bien être hétérosexuel qu'une femme féminine peut être lesbienne : l'expression de genre ne doit pas être confondue avec l'orientation sexuelle.


« La transsexualité est une maladie mentale. »

Bien que le manuel utilisé en pratique psychiatrique considère encore le transsexualisme (dysphorie de genre) comme un trouble de santé mentale, il est communément reconnu que c'est le corps des personnes transsexuelles qui n'est pas conforme à leur genre, nécessitant ainsi un processus de changement de sexe.


« L'homosexualité est une maladie de Blancs. »

Ce mythe est parfois entendu dans certaines sociétés à l'étranger et chez des personnes de minorités ethniques au Québec. Il sous-entend que l'homosexualité est un phénomène culturel occidental. Il n'existerait pas ailleurs. Or, de nombreuses recherches montrent plutôt que les comportements homosexuels existent dans la vaste majorité des sociétés. C'est plus précisément l'idée d'une identité gaie publiquement revendiquée qui prend racine dans les sociétés occidentales à l'époque moderne.


Les conséquences de l’homophobie : des taux encore trop élevés

Des études révèlent des chiffres préoccupants :

  • Les personnes homosexuelles sont 2,5 fois plus souvent victimes de crimes violents que les personnes hétérosexuelles, et les personnes bisexuelles le sont 4 fois plus1.
  • En 2010, 16 % des crimes haineux déclarés au Canada étaient motivés par l'orientation sexuelle.2 En 2009, la proportion était de 13 %.3
  • En milieu de travail, le quart des personnes LGBT dissimulent leur orientation sexuelle à la totalité ou à la majorité de leurs collègues. À peine le quart en parle ouvertement : dans 40 % des cas, la dissimulation est motivée par des signes de fermeture et dans le tiers des cas, par la présence d’une personne homophobe.
  • À l’école secondaire, 38,6 % des élèves auraient été victimes d’incidents à caractère homophobe, comme des insultes, des moqueries et de l’exclusion. Le taux d’absentéisme chez ces élèves est deux fois plus élevé que chez les autres. De plus, leur sentiment d’appartenance et leurs aspirations scolaires sont moins affirmés.4
  1. Diane L. Beauchamp (2004). L’orientation sexuelle et la victimisation, Ottawa, Statistique Canada.
  2. Cara Dowden et Shannon Brennan (2012). Les crimes haineux déclarés par la police au Canada, 2010, Ottawa, Statistique Canada.
  3. Mia Dauvergne et Shannon Brennan (2011). Les crimes haineux déclarés par la police au Canada, 2009, Ottawa, Statistique Canada.
  4. Line Chamberland, Gilbert Émond, Danielle Julien et Joanne Otis (2010). L’impact de l’homophobie et de la violence homophobe sur la persévérance et la réussite scolaires, rapport de recherche, Montréal, Université du Québec à Montréal.
  5. Régie des rentes (2011). « La famille en chiffres », Liaison RRQ Magazine, 2 juin 2011.